Une fenêtre d’opportunité pour modifier le rôle que joue la finance dans l’économie, et partant dans la vie sociale en général, a existé dans les semaines et les mois qui ont suivi l’effondrement de la finance qu’avait provoqué la chute de la banque d’investissement Lehman Brothers en septembre 2008. Dans la période qui a immédiatement suivi le plus fort de la crise, une refondation indispensable a très justement été évoquée.

Depuis, cette fenêtre s’est lentement refermée. Rien ne s’est passé, ou si peu, le moment des véritables décisions a été repoussé de réunion en réunion et à mesure que le temps passait, le souvenir de velléités de refondation s’estompant peu à peu.

Aux États-Unis, les textes déjà bien timides que rédigèrent en grande partie les lobbys ne seront pas mis en vigueur : la nouvelle majorité républicaine a compris qu’elle peut en empêcher l’application en refusant – au nom d’une très saine rigueur budgétaire – les fonds qui permettraient de mettre en place les équipes. La nation s’est par ailleurs découvert comme planche de salut, la planche à billets : la possibilité qui lui reste offerte, quarante ans après la dénonciation des accords de Bretton Woods par Richard Nixon, d’imprimer à la demande des dollars, survivance du statut de monnaie de référence de la devise américaine. Ce faisant, les États-Unis exportent leurs difficultés, confiant à la planète entière le soin de les régler à leur place.

La zone euro s’est retrouvée quant à elle paralysée lorsque, dans un contexte d’effondrement financier, l’absence d’intégration fiscale des pays qui la constituent a fait apparaître en surface ses ramifications. Ce sont les achats de la dette publique des pays européens en difficulté par la Chine et le Japon qui ont pu empêcher jusqu’ici l’éclatement de l’euro. Le tremblement de terre et le raz-de-marée qui endeuillent le Japon, obligent désormais celui-ci à rassembler la totalité de ses ressources pour assurer son propre salut. Obsédée par des échéances électorales qui débouchent immanquablement sur la déroute des partis au pouvoir, l’Europe se retrouve dans la position de satellite infantilisé de la Chine et, ayant jeté aux orties toute fierté, elle s’en satisfait.

La fenêtre d’opportunité que la crise de l’automne 2008 avait ouverte s’est refermée. Une autre s’ouvrira certainement lorsque la nouvelle crise en gestation aujourd’hui aura éclaté. Le processus de désagrégation se sera poursuivi entretemps et c’est au sein d’un paysage encore plus dévasté que seront lancés de nouveaux appels à la refondation.

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