Les années ont beau passer, les siècles aussi, le peuple français reste imprégné des valeurs de sa Révolution. Pourtant peu de citoyens se souviennent avec précision de la manière dont leurs ancêtres révolutionnaires envisageaient la vie publique au lendemain de la mort du roi —pour eux-mêmes et leurs descendants. Ces premiers républicains adhéraient à quelques grands principes définis dans la Déclaration des Droits de l'Homme, placée en préambule à la Constitution de l'An I. Celle-ci consacrait la Souveraineté populaire et accordait une place déterminante au référendum, à la décentralisation, ainsi qu'à la séparation absolue des pouvoirs.

Jamais appliquée, du fait des guerres de l'époque et surtout de la chute de la Convention montagnarde, qui l'aurait sans nul doute rendue effective au sortir de la Terreur, cette constitution est devenue le fantôme d'un rêve démocratique. Un rêve qui hante confusément les esprits et fonde nos exigences de citoyens. La fameuse devise: liberté, égalité, fraternité, n'en est qu'un résumé imparfait et tardif, une dépouille que les pères de la Troisième République exhumèrent pour tourner la page des tyrannies et rouler le peuple dans la farine. Avec une devise pareille, les nigauds pouvaient croire que c'était fait: nous étions en démocratie, mais cela n'a jamais été le cas.

Aujourd'hui, sous la république sarkozyste, le manque de démocratie est devenu particulièrement criant, au point que dans la blogosphère, beaucoup proclament la mort de celle-ci. Foutaises! Comment peut-on s'émouvoir en 2010 de la disparition d'un régime mort-né en 1793 ? Nicolas Sarkozy n'a fait que pousser jusqu'à la caricature les vices politiques que voulaient exorciser les rédacteurs de la Constitution de l'An I. Ce sont ceux d'une république purement représentative, dont il est temps de dénoncer l'imposture flagrante.

M. Sarkozy a beau être odieux et son système révéler chaque jour davantage son indignité, son pouvoir restera néanmoins borné par un mandat. Il pourra être battu aux élections et laisser la place à d'autres, de droite ou de gauche, qui pourront nous annoncer le retour à la «démocratie». De droite ou de gauche, ses successeurs ne tomberont pour autant pas raides morts d'avoir proféré cette insanité. Quelques têtes auront changé, le régime restera pour de nouvelles aventures…

Dans la Déclaration des droits de la Constitution de l'An I, on lisait:

Article 30. - Les fonctions publiques sont essentiellement temporaires ; elles ne peuvent être considérées comme des distinctions ni comme des récompenses, mais comme des devoirs.

Article 31. - Les délits des mandataires du peuple et de ses agents ne doivent jamais être impunis. Nul n'a le droit de se prétendre plus inviolable que les autres citoyens.

De ces articles nous est restée la conviction que le personnel politique ne doit pas accéder aux fonctions publiques pour faire carrière, et qu'il doit être irréprochable dans l'exercice de ses mandats. Cette conception fortement enracinée a été néanmoins constamment démentie par la réalité. Les rancœurs cachées se sont accumulées avec le temps. Il faudrait que notre monde politique se réveille très vite pour révolutionner nos institutions et rendre au peuple français la partie de ses droits qui lui a été dérobée. Sinon, il exercera un jour ou l'autre le pouvoir qu'aucune constitution au monde ne pourrait effacer de sa tête:

Article 35. Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

Source: Le coucou de Claviers