Voici un excellent déchiffrage des résultats du premier tour de l'élection régionale 2010:

La victoire de la Gauche est très relative. La déroute de l’UMP est spectaculaire. Quant au Front national, il a subi dimanche une sévère défaite – en dépit des apparences. Ces trois constats s’imposent, si l’on analyse le score de chaque camp non pas en proportion des suffrages exprimés, ce qui brouille les cartes, mais en proportion des électeurs inscrits au 1er tour des élections régionales.

En procédant ainsi, on mesure la capacité des partis à mobiliser leurs électeurs potentiels, et l’on devine l’origine politique des abstentionnistes : 53,6% des électeurs inscrits contre 39,2% en 2004, soit près de 6,3 millions de plus qu’il y a six ans.

La Gauche (PS, Ecologistes, divers gauches et Front de gauche) a rassemblé près de 50% des suffrages exprimés et ce résultat impressionne. En réalité, elle n’a mobilisé que 22,4% des électeurs inscrits. C’est mieux qu’en 1998, mais c’est 0,9 point de moins qu’en 2004. Succès très relatif, donc. Quelque 480.000 électeurs ont fait défaut.

La droite (UMP et divers droite) n’a pas convaincu plus de 12,2% des électeurs inscrits d’aller voter pour elle. C’est 8,7% d’inscrits de moins qu’en 2004, et cela représente une déperdition réelle de quelque 3,8 millions de voix. Un désastre. Elle le doit probablement moins au désintérêt de ses électeurs pour les régions, qu’à l’irritation que provoque chez eux la façon d’être et de gouverner de Nicolas Sarkozy.

Le Front national, avec plus de 11% des suffrages exprimés, affecte un retour en force dans le jeu politique. Il n’a mobilisé en fait que 5,1% des électeurs inscrits, après 8,5% en 2004. Cela représente une perte de 1,5 million de voix. Un cuisant revers.

A ce stade, il est tendant d’additionner les électeurs manquants : 480.000 à gauche, 3,8 millions à droite, enfin 1,5 million au Front national. Le total (5,78 millions) est certes très proche du surcroît d’abstentions entre 2004 et 2010. CQFD ?

Rien n’est jamais aussi simple que cela en politique, et d’autres dynamiques sont probablement à l’œuvre. On peut notamment se demander si les voix qui manquent au Front national n’ont pas été aspirées par l’UMP. Nicolas Sarkozy aurait alors atteint son but. Le siphon de l’extrême droite aurait admirablement fonctionné.

Malheureusement pour lui, ce siphon n’a pu agir que comme une pompe aspirante et refoulante. Si l’UMP a gagné 1,5 million de voix sur le Front national, tout en perdant 3,8 millions de suffrages au total, c’est que 5,3 millions d’électeurs de la droite modérée ont pris la tangente.

La sévérité de cette arithmétique devrait faire réfléchir le Président sur sa stratégie. Le déséquilibre entre les gains et les pertes ne vaut pas seulement pour le passé et le présent. Il vaut aussi pour l’avenir. A supposer que l’UMP siphonne la totalité des voix du Front national, cela ne fera jamais que 2,2 millions de voix. C’est moins de la moitié des électeurs modérés perdus dans cette bataille.

Article de Jean-François Couvrat vu sur Déchiffrages.