La guerre des classes
Par LutoPick le samedi, 19 septembre 2009, 11:23 - Politique - Lien permanent
"Il y a une guerre des classes, et ce sont les riches qui la gagnent" . C’est cette phrase de Warren Buffett qui ouvre le livre de François Ruffin "La guerre des classes", et elle est tellement simple.
Parce que ces dernières années, 9,5 % du PIB est passé du travail au capital. 180 milliards d’euros. 180 milliards d’euros, chaque année, vont au capital alors qu’il y a vingt ans, ils auraient rémunéré le travail. Plus de vingt fois le déficit de la sécu ! Et on n’en parle pas.
Il y a des gens qui profitent de cette mondialisation là. Il y a des gens qui profitent de ces dérégulations. Il y a des gens qui favorisent ces évolutions et y gagnent beaucoup.
L’ouvrage de François Ruffin, journaliste au Monde Diplomatique, ne prétend pas tout expliquer, et moins encore tout résoudre, mais il a comme premier mérite de poser là, simplement, sans emphase et sans pathos, cette vérité simple, qui est devenue tellement quotidienne qu’on ne la voit même plus.
Extrait (tiré de l’entretien accordé à Article XI) : « (...) C’est frappant : on nous montre en permanence les vaincus, les victimes, qu’ils soient salariés en colère, licenciés économiques, etc… Mais il n’y a jamais personne pour dire que ce qui leur est pris profite à d’autres. Il y a pourtant un lien d’évidence, très logique, que les médias et les politiques s’emploient à rendre complexe. Ce n’est rien d’autre qu’un vaste enfumage.
Un exemple : au moment de l’annonce du plan Power 8 chez Airbus et de ses 10.000 licenciements, personne n’a dit qu’il s’agissait de délocaliser pour que Lagardère gagne davantage d’argent. Par contre, on a entendu qu’il fallait se caler sur Boeing ou que c’était un contre-coup de l’Euro. C’était des mensonges autant qu’une manière d’habiller les mots de coton, de départir la réalité de sa violence. C’est pour ça qu’il faut le dire et le redire : ce qui va en plus aux actionnaires est pris aux salariés. Toujours. »
Avec talent et une humanité exceptionnelle, il nous conduit à Longwy, à Amiens, dans les cités, partout ou se débattent les victimes de cette impitoyable guerre économique, et, dans un saisissant effet de contraste, dans les Assemblées générales et autres lieux où l’on se félicite onctueusement des gains de productivité…
Il a comme second mérite de poser une autre question. Pourquoi n’en parle-t-on plus jamais ? Comment cette représentation est-elle devenue à ce point ringardisée ? Ruffin parcourt ainsi le spectre de notre société, une société civile perdue, démoralisée, démobilisée. Une gauche qui a abandonné toute idée de luttes sociales, de front de classe, de rapports de force et qui se réfugie donc dans la complainte, démoralisante, des souffrances sociales d’ici et d’ailleurs, sans proposer de sens ni d’issue… Une droite qui se réfugie, comme elle le fait depuis toujours, derrière les appels à l’unité nationale et la fausse évidence selon laquelle il faudrait produire d’abord pour répartir ensuite. C’est une évidence, sauf qu’aujourd’hui les gains de productivité sont allé entièrement vers la rémunération du capital. Des opprimés qui n’ayan plus d’ennemi de classe laissent attiser leurs propres divisions et se retournent contre le voisin, l’étranger, l’autre… Mais toujours l’autre petit, l’autre victime.
“(...) Cet affrontement du capital et du travail est tellement habillé de mots et d’euphémismes que les victimes de la guerre des classes ne voient plus la massue qui s’abat sur elles et se cherchent d’autres responsables. Je cite Patrick Lehingue, professeur de sciences politiques à Amiens, qui explique qu’il « n’y a pas 40 façons, pour les gens, de classer en juste/injuste. Soit c’est le riche contre le pauvre …, soit c’est le dedans contre le dehors, les Français contre les étrangers, les jeunes contre les vieux ». A partir du moment où la gauche abandonne le conflit principal, celui des classes, ce sont les conflits secondaires qui sont réanimés. Et la droite en joue à merveille, par exemple en opposant à propos de la question des retraites jeunes et vieux, salariés du public contre ceux du privé.”
François Ruffin ne propose pas de solution immédiate. Ses explications sont parfois un peu courtes. Sa charge contre Mitterrand, par exemple, quoi que pas infondée, peine à rendre compte du fait que tout l’Occident a subi le même glissement. D’autres facteurs doivent être pris en compte. Nous en parlons souvent, ici, dans Betapolitique.
Mais il n’y aura pas de solution qui ne partira pas du constat de Ruffin.
C’est un livre important, essentiel, à lire ou relire d’urgence, pour repartir au combat.
- Anglade sur betapolitique


Commentaires
Chez Slovar, un article parlant de la nouvelle "Fluence" de Renault fabriquée... en Turquie, alors que parallèlement la Vel-Satis et la nouvelle Lagune sont fabriquées en France: l'une voit sa commercialisation arrêtée définitivement et l'autre des ventes médiocres.
C'est tellement plus rentable de fabriquer à l'étranger, et de se revendiquer comme constructeur français avec toutes les aides d'Etat inhérentes.
Alors qu'à l'instar de nombreux modèles, comme la C1 de Citroën fabriquée en Tchéquie, à part le nom du constructeur, elles n'ont plus grand chose de français, ces autos!
Les investissements se font ailleurs, l'industrie française meurt. A qui la faute sinon au patronat et aux gros actionnaires toujours en quête de profits encore plus énormes que les précédents?