Le point de vu de Paul Jorion
Par LutoPick le mercredi, 5 août 2009, 15:45 - Politique - Lien permanent
Pour faire suite au billet précédent, voici un texte sans concession de l'économiste Paul Jorion que je vous invite à lire sur son blog ou ici même:
Une chose est certaine, il y a deux cent-vingt ans exactement, durant la nuit du 4 août 1789, il ne fut pas question de « risque systémique ». Et pourtant ! Durant cette nuit historique au cours de laquelle l’Assemblée nationale vota l’abolition des privilèges, la France, par la voie de ses représentants, entérina la fin de la féodalité, victime du risque systémique.
Il faut y réfléchir aujourd’hui et tout spécialement parce que nous n’avons pas encore suffisamment pris conscience du fait que lorsqu’on se mit à évoquer en 2007 le « risque systémique », il ne s’agissait pas d’une menace à venir pour le capitalisme mais bien de ce qui venait de le blesser mortellement et sous nos propres yeux. On se penche maintenant sur lui, feignant de croire que ses jours ne sont pas en danger et des optimistes à la sincérité douteuse clament à la cantonade qu’on lui voit reprendre des couleurs. Il est en vérité à l’agonie et rien ne pourra plus désormais le sauver.
Une solution existait en principe, exploitée ad nauseam lors des alertes précédentes, mais qui ne fut d’aucun secours cette fois-ci, bien trop coûteuse dans un contexte où les États avaient cessé de disposer de moyens de cet ordre de grandeur. La « privatisation des profits, socialisation des pertes », formule classique en cas de crise du capitalisme, a cessé d’être d’application face à l’orgie d’endettement à laquelle la finance s’est abandonnée au cours des trente-cinq dernières années. Les paradis fiscaux ont veillé à ce que seuls les pauvres paient encore des impôts, et les sommes dérisoires que ceux-ci parviennent à rassembler et à verser à l’État, ont fait de la socialisation des pertes encourues par la finance, un objectif désormais hors d’atteinte.
Alors on ferme les yeux et l’on touche du bois ou bien l’on prie. On dissimule la gravité de la crise, on dope les efforts de propagande en espérant que si le moral s’améliore, les choses iront peut-être mieux assez longtemps pour que le système tout entier se refasse une santé. Ce faisant, des îlots de prospérité se recréent, en particulier grâce aux commissions colossales que génère la liquidation de l’ancien système, primes touchées par ceux qui furent responsables de sa perte et qui apparaissent encore une fois récompensés, contre toute logique et contre toute justice.
Les plus faibles furent abandonnés à leur triste sort et les moyens dont on disposait furent mobilisés pour mettre sous perfusion les rares survivants (aux États-Unis : Goldman Sachs, Morgan Stanley et J.P. Morgan Chase), confortant la thèse d’une « oligarchie » faisant barrage à une solution réelle des problèmes. Lorsqu’on se retourne vers le passé, ce sont eux du coup, ces gloutons pitoyables, incapables de se sevrer de leurs excès de table, qui semblent avoir réglé la danse de toute éternité. Lehman Brothers, passé aux profits et pertes le 15 septembre de l’année dernière, était un concurrent de Goldman Sachs et l’on note alors avec un haussement d’épaules : « Ne vous l’avais-je pas dit : “Government Sachs” ! »
Or durant les beaux jours une concurrence féroce régnait entre les banques et la thèse de l’inféodation du capitalisme à l’« oligarchie » lui suppose a posteriori une robustesse mythique dont il ne reste en tout cas rien aujourd’hui. « Les choses iraient bien », affirme-t-on maintenant, « si les méchants (lisez : le dernier carré) n’avaient pas kidnappé l’héritière ! Mettons-les à l’ombre et tout rentrera dans l’ordre ! » Si cela était seulement possible ! On n’assista pas, je l’ai dit, à un processus en deux temps où, dans le premier, l’on prenait conscience de l’existence du risque systémique et dans le second, on en prenait avec effarement la juste mesure : on découvrit l’existence du risque systémique lorsqu’il avait fait son œuvre et que le pot-au-lait était brisé.
Les soubresauts du moribond se poursuivront quelques temps encore et sa survie assistée nous convie, non plus dans la Wall Street florissante d’autrefois mais dans son cadre en ruines, au spectacle renouvelé de tous les excès passés : ceux d’une aristocratie condamnée à terme, s’accrochant désespérément aux dernières bribes de son pouvoir et aux signes passés d’un Âge d’Or définitivement éteint.
Quand aura succédé au système capitaliste celui destiné à prendre sa suite, la succession de l’un par l’autre n’apparaîtra pas comme ce qu’elle est pourtant : la substitution banale d’un système neuf à un autre cassé, mais comme le triomphe de la Raison : l’évacuation sans gloire d’une classe corrompue, terrassée par ses propres outrances.
Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Commentaires
«La BNP doit rembourser à l'Etat le milliard des traders»
L'association SOS Petits Porteurs a dénoncé la constitution par la banque BNP Paribas d'une provision d'un milliard d'euros pour les bonus. Elle réclame que «"le milliard des traders" de la BNP soit remboursé à l’Etat», précisant qu’une pétition est «mise en ligne» sur son site internet.
www.sos-petits-porteurs.com/commu/index.php/2009/08/05/150-petition
«Un milliard en plus pour les uns, qui bénéficieront aussi du "bouclier fiscal" (...), un milliard en moins pour les autres», s’indigne l’association, qui rappelle que «la BNP reçoit 5,1 milliards de l’Etat, donc du contribuable» et que «grâce à cette manne publique, elle engrange d’énormes bénéfices», qu’elle utilise pour remercier «ses traders».
Martine Aubry, la première secrétaire du PS, et le secrétaire national aux entreprises, Guillaume Bachelay, ont qualifié cette annonce de «véritable scandale». Ils rappellent que Nicolas Sarkozy, «dans des discours tonitruants et promus comme tels à Toulon, le 25 septembre 2008, Saint-Quentin le 24 mars 2009, au congrès de Versailles, le 22 juin 2009,» avait «annoncé "une moralisation du capitalisme" et promis la fin des bonus exubérants et des parachutes dorés en contrepartie des aides accordées aux banques». «Le décalage entre les mots et les actes est total», relève le PS, qui pointe la «faute économique, politique et morale» commise par le gouvernement en refusant d’«entrer dans le capital des établissements bancaires qui ont reçu l’aide de l’Etat».
www.liberation.fr/economie/0101583829-la-bnp-doit-rembourser-a-l-etat-le-milliard-des-traders
L'adresse de la pétition :
http://www.sos-petits-porteurs.com/...
Plus sur les banques :
http://sarko-verdose.bbactif.com/po...
Merci pour ces précisions Orwelle.
J'ai vu qu'aux USA c'est la même chose http://www.boursier.com/vals/US/gol... ,
l'Aristocratie financière a repris ses travers à vitesse grand V, comme pour s'accaparer ce qui peut être encore accaparé. Ont-ils peur ?
Je ne pense pas. Ils sont tellement riches qu'ils seraient sûrement gagnants même en cas de 2e jeudi noir. Et puis il y a peu de chance que les gouvernements les nationalisent. Je poste l'article que tu mets en lien :
Goldman Sachs : les bonus font jaser
Il n'y a pas qu'en France que les les bonus versés aux employés de grandes banques ayant bénéficié de l'aide de l'Etat font parler... A l'image de BNP Paribas dans l'hexagone, c'est Goldman Sachs, l'un des établissements les plus performants de l'industrie bancaire mondiale qui fait la une de l'actualité outre-Atlantique... GS a en effet déclaré ce mercredi avoir dû répondre aux questions des agences gouvernementales sur ses pratiques de rémunération. Si la banque a indiqué travailler avec les autorités, elle a refusé de donner plus de détails sur ce qui lui était demandé...
Une grande partie du monde politique américain a récemment remis en question les méthodes de grandes banques pour déterminer la rémunération de leurs employés et notamment de leurs traders, après le renflouement du secteur bancaire à l'automne dernier...
La semaine dernière, le procureur général de New York, Andrew Cuomo, a publié des détails sur les primes versées en 2008 par plusieurs établissements, dont neuf banques ayant bénéficié du TARP... Goldman, qui a reçu 10 Mds$ dans le cadre du programme, a ainsi versé 4,82 Mds$ de primes en 2008.
Si Goldman a déjà remboursé à l'Etat les fonds reçus et peut ainsi rémunérer ses employés comme bon lui semble, ce n'est pas le cas d'autres établissements qui n'ont pas encore remboursé les fonds obtenus et doivent ainsi faire face à des restrictions sur leur méthode d'indemnisation.
Pour Cuomo, le problème vient du fait que les banques de Wall Street n'ont pas réussi au cours des dernières années, à lier les primes versées, à la performance réelle de leurs salariés...En attendant, Goldman Sachs qui a engrangé plusieurs milliards de dollars de bénéfices au cours de la première partie de l'année, a déjà mis en réserve 11,3 Mds$ en prévision des bonus à verser à ses employés...
JB.A.
www.boursier.com/vals/US/goldman-sachs-les-bonus-font-jaser-news-344355.htm
Les banques américaines ne renoncent pas à verser des bonus
Un rapport officiel a révélé que les plus grandes banques de Wall Street ont versé de gros bonus à leurs dirigeants en 2008, même au moment où elles se faisaient renflouer par l’État fédéral.
(...) Goldman Sachs compte 953 salariés qui ont obtenu plus d’un million, 391 qui ont eu plus de deux millions et 212 traders au-dessus de trois millions de dollars de bonus. Goldman Sachs a versé en primes en 2008 plus du double de son bénéfice.
La plupart des grandes banques aidées par le gouvernement américain ont maintenant rendu l’argent, expliquait vendredi 31 juillet le Wall Street Journal . Elles se sont empressées de le faire pour avoir les mains libres, et notamment pour pouvoir verser des bonus. Objectif : que leurs financiers vedettes ne leur soient pas volés par des concurrents ayant les moyens de leur offrir les primes qu’ils jugent normales. Dès la sortie du rapport, d’ailleurs, les traders des grandes banques comparaient, grâce à la liste, celles qui se montraient les plus généreuses, selon le Wall Street Journal.
3 août 2009
http://www.la-croix.com/article/ind...
http://sarko-verdose.bbactif.com/po...
Je vois et poste tellement d'infos que je finis par oublier !
Goldman Sachs a été créé par Robert Agostinelli.
Agostinelli faisait partie des invités du Fouquet's le 6 mai 2007.
Agostinelli, c'est aussi le milliardaire qui a invité bling-bling dans sa résidence de Wolfeboro.
Et son ex-épouse Mathilde Favier, représentante de Prada en France, a été témoin du mariage du gnome avec Carla Bruni.
http://sarko-verdose.bbactif.com/po...
En cherchant un détail, je viens de tomber sur un article qui fait peur :
Quand il est allé au Fouquet’s, ce soir du 6 mai 2007, Sarkozy a accompli un acte politique. Le premier en vue de sa réélection, en 2012.
(...) Jamais le PS n’a eu l’initiative, marchant dans tous les plans médias, répondant à toutes les provocations - comme celle sur Mai 68, qui visait à séduire, avec le succès que l’on sait, l’électorat des plus de 60 ans. Et ça marche. Si le PS ne réagit pas, s’il ne sort pas des débats lancés par l’UMP pour imposer ses thématiques, s’il n’apprend pas les bienfaits de l’indifférence à la communication sarkozyste, il est perdu pour encore cinq ans.
http://www.agoravox.fr/actualites/p...