Le scrutin européen qui approche devrait être marqué par un assez joli coup réalisé par le parti du président Sarkozy. Alors que tout le monde s’attendait, en raison notamment de la popularité en berne du gouvernement et du président, à une défaite électorale de la droite et notamment de l’UMP lors des élections, beaucoup d’observateurs de la vie politique française sont aujourd’hui surpris par le score que les sondages prédisent à l’alliance UMP-Nouveau Centre pour le vote du 7 juin. Suivant les instituts, elle peut espérer faire un score entre 25% et 28%, loin devant les partis suivants. Mais loin d’être une victoire, un tel résultat pourrait être synonyme de la plus grande défaite électorale de la droite depuis le début de la Vème République. D’après la dernière intention de vote publiée par l’Ifop, le total des points prédits pour la droite seraient en effet, avec 33%, soit le plus faible jamais enregistré au niveau national depuis 1958, au même niveau que celui des élections régionales de 2004. Pour exemple, les 37% du total droite des élections européennes de 2004 avaient déjà été considérés comme une déroute.
En ayant empêché l’émergence d’une offre électorale diversifiée, le parti présidentiel s’est offert la possibilité de maquiller en victoire pour lui l’échec électoral de son camp. Ainsi, et c’est là tout le génie de l’UMP actuellement, alors qu’elle avait fait moins de la moitié de la droite en 2004, elle devrait le 7 juin concentrer avec les listes UMP-NC plus de 80% du score de la droite en 2009 (les listes de droite souverainiste étant la seule alternative possible à droite). La répartition géographique des votes que vont recueillir les listes UMP-NC le 7 juin devrait nous permettre d’en savoir un peu plus sur le profil exact de la droite ainsi constituée.
Cette stratégie, en plus de permettre à l’UMP de régner en maître sur la droite suite à la recomposition de l’échiquier politique provoquée par François Bayrou depuis 2007, pourrait offrir également au parti du Président une multiplication du nombre de députés européens issus de son parti. Car les élections européennes étant un scrutin à un seul tour, il est nécessaire, pour avoir un maximum d’élus, d’être le plus fort possible et le plus uni possible au moment de se présenter devant les électeurs, afin d’avoir une délégation unie et de limiter les effets de seuil liés à la répartition des postes à pourvoir. Ainsi, de 17 députés européens UMP élus en 2004, on pourrait atteindre 25 le 7 juin.
Grâce à cette logique, l’UMP, malgré la déroute de la droite, deviendrait l’incontestable leader de ce camp et serait le parti politique le mieux représenté à Strasbourg, ce qui s’apparente, malgré tout, à un coup de maître pour augmenter son influence au parlement européen, malgré des circonstances très défavorables.

Texte de Mayeul l'Huillier à lire en totalité sur Délits d'opinion