Chacun sait que l’œil du cyclone est une zone de vents calmes et de temps clément. Nous entrons semble-t-il après 18 mois de crise dans cette phase au calme trompeur. Comment en profiter ?
La tempête financière a dégénéré en cyclone économique
Six millions de chômeurs aux Etats-Unis en quelques mois. Bientôt 10% de chômage dans l’OCDE disent ses experts et 20% dans un pays comme l’Espagne (selon la Banque d’Espagne). Une industrie dont la production chute de 15% en un an aux Etats-Unis comme au Japon et de près de 20% en Allemagne. Un recul prévu de plus de 4% de l’économie de l’ensemble de l’OCDE et une cassure brutale du trend historique d’expansion du commerce mondial. Des pays au bord de la faillite et des dirigeants qui n’osent pronostiquer une sortie de crise, qualifiée de "récession inhabituellement longue et sévère" par le FMI (si l’on considère la rapidité de la chute de la production industrielle dans le monde c’est l’image de la dépression de 1930 qui s’impose).
Mais voilà que les marchés tentent de se reprendre et que, comme le résume prudemment Bernanke, la chute de l’activité économique semble se ralentir et la demande se stabiliser. Il n’en faut pas plus pour espérer la fin de la crise. C’est illusoire et dangereux.
"Une erreur commune lors du passage de l’œil sur terre est, pour les résidents, de sortir inspecter les dommages en pensant que la tempête est terminée. Ils sont ensuite surpris par le retour du mur de l’autre côté du cyclone. Les services météorologiques déconseillent donc aux personnes dans les régions où passe un cyclone tropical de ne pas quitter les abris avant de recevoir un message des autorités indiquant la fin de l’alerte cyclonique" dit Wikipédia.
Quel est ce mur de l’autre coté du cyclone ?
Celui des pertes financières encore à venir. La dégradation des crédits et la dépréciation des actifs n’ont pas épuisé leurs effets. Le FMI estime aujourd’hui à plus de 4.000 milliards les pertes du système financier mondial. Car aux fameux actifs toxiques non encore traités s’ajoutent maintenant les sinistres "classiques" dus à la violence de la crise. Un peu comme les débris projetés par le vent viennent détruire avec violence les maisons qui subsistent.
Pour y faire face, le FMI estime les besoins de fonds propres nouveaux entre 900 et 1700 milliards de dollars, la majorité des besoins étant d’ailleurs située en Europe… L’accalmie doit donc permettre de consolider en urgence l’édifice financier avant le prochain choc. Pourtant, malgré les estimations du FMI, Geithner se montre optimiste dans les résultats à venir des "stress tests" imposées aux grandes banques américaines. Il serait surprenant qu’elles puissent toutes faire face au retour des vents violents. Sans oublier que les vaisseaux bancaires sont aussi exposés en permanence aux dangereux mouvements de la haute mer :
"Même si le temps est clément dans l’œil et les vents légers, c’est un endroit particulièrement dangereux en mer. Les vents maximums du cyclone se retrouvent dans le mur de l’œil où ils poussent sur la surface d’eau et forment des vagues de grande amplitude. Ces vagues se déplacent cependant dans la direction générale du vent et n’interfèrent pas l’une avec l’autre. Par contre, les vagues qui pénètrent dans l’œil, depuis le mur, se dirigent l’une vers l’autre et peuvent former des crêtes énormes en se rencontrant. Ces vagues scélérates peuvent facilement submerger un navire" .
Texte de Vincent Hubert sur Contre-Feux

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